Skinhead (des mots anglais skin {peau} et head {tête} : tondu) désigne à l'origine un jeune prolétaire britannique au crâne tondu.
Déjà pendant la Guerre Civile anglaise (1642-1649), les partisans du Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les têtes rondes par leurs ennemis en raison de leur coupe courte opposée à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles Ier Stuart. La ressemblance avec les skinheads s'arrête là car les partisans de Cromwell, même s'ils recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant tout des protestants puritains qui refusaient les prétentions absolutistes du roi et la possibilité d'un rétablissement du catholicisme en Angleterre.
Il y aurait également mention d'individus répondant à la définition et à l'appellation du skinhead dès le début du XXe siècle dans la presse du Royaume Uni. Le terme désignait de jeunes voyous issus des quartiers pauvres aux cheveux courts, l'équivalent des "Apaches de la zone" en France. Néanmoins, dans son acception moderne, le terme skinhead s'applique à un mouvement de jeunesse né à la fin des années 1960 au Royaume Uni.
Les Skinheads sont issus de la vague modernist : après 1967 beaucoup de Mods virent vers le flower power et le psychédélisme. Certains préservent le style originel et radicalisent leur look : ce sont les hard mods, ou encore heavy mods. Ils portent le costume cintré et le chapeau pork-pie pour danser, mais des vêtements de sport ou de travail pour traîner dans la rue (polo Fred Perry, chaussures Doc Martens noires et bien cirées avec des lacets rouges...). Ils prennent le contre-pied de la mode branchée de l'époque (telle la vague psychédélique ou le mouvement hippie), rejettent le conformisme et affichent fièrement leurs origines ouvrières (working class). Ces hard mods se crispent sur l'identité modernist de la période 1962-1966 : musique noire américaine (soul), luxe italien (Dolce Vita), style urbain et moderne, scooters Vespa ou Lambretta...
Comme ils vivent dans les même banlieues et quartiers ouvriers, les hard mods fréquentent les rude boys, ou rudies, jeunes immigrés antillais, surtout jamaïcains, dont le look est proche et avec qui ils partagent le goût pour la musique noire américaine (soul, rythm'n'blues) et jamaïcaine (ska et rocksteady). Vers 1968 les hard mods et les rudies se confondent pour devenir les skinheads. Certains prétendent qu'ils se sont tondus les cheveux pour se distinguer des hippies. Ou encore parce que nombre d'entre eux travaillaient en usine, porter les cheveux courts relevait d'une norme pour éviter les incidents au contact des machines. Plus probablement, il s'agit d'un moyen pour échapper à la police montée lors des émeutes. Le look skinhead se standardise vite : cheveux courts (tondus ou coupés courts, mais rarement rasés à blanc à cette époque), favoris, polo style Fred Perry, chemise style Ben Sherman, bretelles, blue jean style Levis 501 coupé court ou pantalon ajusté type Sta Press (rejet des pattes d'éléphant), chaussures Doc Martens, rangers ou baskets, blouson style bombers jacket, harrington ou encore donkey jacket (manteau de docker), écharpe de son club de football préféré... Notons que le blouson harrington, porté par les mods, puis les skinheads et enfin les punks, n'est pas une marque mais un type de veste légère en toile de coton unie doublée de tissus à carreaux écossais (tartan). Le nom vient du héros de la série télévisée américaine "Peyton Place", très populaire au début des années 1960, Mr Harrington, qui portait ce vêtement. Le look skinhead est donc un mélange de sportswear, de vêtements de travail et de surplus militaires. Mais le costume ajusté, héritage modernist, est encore porté pour danser ou frimer en soirée. Ces adolescents et ces jeunes adultes s'approprient, comme ceux d'aujourd'hui, certaines marques devenant emblématiques : Fred Perry, Lonsdale, Ben Sherman, Everlast, ou encore Adidas...
1969, les Skinheads popularisent le reggae [
En 1969, un véritable raz-de-marée skinhead envahit le Royaume Uni. Cette contre-culture devient soudain très à la mode et unit les jeunes des quartiers ouvriers, tant blancs que noirs. Les skinheads écoutent de la soul, du rythm'n'blues (des labels Stax, Motown ou encore Chess records), du mod's beat (soul-rock britannique des Who et autres Kinks ou Small Faces), mais surtout du ska, du rocksteady et du reggae avec des artistes noirs venus des Caraïbes tels Simaryp, Laurel Aitken, Desmond Dekker et même les Skatalites, les Upsetters, Jimmy Cliff ou Bob Marley, les Wailers... Le reggae et le rocksteady, bien plus que le ska presque passé de mode en 1969, apparaissent comme le son skinhead par excellence. Pour les puristes, on parle alors de skinhead reggae, de reggae one drop ou encore d'early reggae. Dans la tradition modernist, les skinheads aiment danser. Ils rivalisent de pas de danse compliqués pour frimer lors des discoes, l'équivalent des boums françaises. Les chansons parlent de leur vie quotidienne : émeutes, difficultés de la condition ouvrière, problèmes de tous les jours, contestation sociale, mais aussi sexe, danse et football. Les principales maisons de disques éditrices de ska et de skinhead reggae au Royaume Uni sont Trojan Records et Pama Records. Le logo Trojan (un casque de guerrier troyen) a été repris par la suite pour désigner les skinheads originels (spirit of 69). Les filles sont appelées skinhead girls plutôt que birds ou birdies (terme péjoratif équivalent du français "pouffiasse").
Ces gangs de jeunes ont parfois un comportement violent et les hooligans adoptent vite le style vestimentaire des skinheads. Certains avancent que les skinheads sont issu du hooliganisme. C'est à la fois vrai et faux : les jeunes Britanniques des classes moyennes et populaires se comportent souvent en hooligans dans les stades de football, mais le hooliganisme est plus ancien que le style skinhead (il date du début du XXe siècle) et les codes vestimentaires des hooligans varient beaucoup avec les modes (la plupart des hooligans actuels n'ont absolument pas le look skinhead). L'abus d'alcool et de drogues diverses (surtout les amphétamines pour pouvoir danser toute la nuit, le LSD étant plutôt une mode de hippies) n'arrange rien à l'image des skinheads. La presse tabloïd peut dès lors stigmatiser les skinheads, comme elle l'avait fait auparavant pour les mods ou les rockers. C'est la nouvelle menace.
L'Union JackL'usage fréquent des couleurs nationales (Union Jack pour l'ensemble des Britanniques ou Saint Georges Cross pour les Anglais) par les skinheads de cette époque est abusivement interprété comme un glissement vers le nationalisme. En fait les jeunes Britanniques font souvent preuve d'un patriotisme cocardier tel qu'on peut le rencontrer dans les tribunes des stades de football. Il n'est généralement fondé sur aucun nationalisme au sens strict. Les mods auparavant arboraient les couleurs nationales et les punks par la suite feront de même. Notons aussi que les Britanniques pavoisent beaucoup plus fréquemment que les Français. Cette fierté d'appartenir à la nation britannique est même un élément unificateur pour les jeunes Britanniques blancs et les Antillais noirs venus de la Jamaïque ou de Sainte-Lucie (états du Commonwealth, dont les habitants sont assimilés aux Britanniques puisque sujets de la même reine).
Mais il est vrai que les skinheads de cette époque font preuve de méfiance à l'encontre, non pas des Noirs, mais des jeunes Indiens et Pakistanais, dont le style vestimentaire et les goûts musicaux les rapprochent des hippies. Certains organisent de véritable ratonnades à leur encontre : le paki bashing. Ceux-ci réagissent et fondent des gangs de skinhead scalpers. Cette opposition entre skinheads noirs et blancs d'une part et jeunes indo-pakistanais de l'autre n'a cependant jamais été une généralité lors de la première vague skinhead. C'est plutôt une réalité circonscrite à certains quartiers de Londres et surtout à certains gangs. Les archives d'époque montrent d'ailleurs de nombreux skinheads au type asiatique.
Cette première vague skinhead est donc avant tout une mode, un style musical et vestimentaire largement méconnus hors du Royaume-Uni. Il n'y a pratiquement pas de skinheads à cette époque en Europe continentale ou en Amérique du Nord. Tout au plus la mode vestimentaire skinhead a-t-elle eu quelques échos en mai 68. De manière amusante, dans le film "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (1970), l'acteur Jean Yanne porte pendant quelques séquences une tenue inspirée par la mode skinhead : jean serré à revers, blouson ajusté de la même étoffe, rangers, cheveux plaqués et favoris. Pour la plupart des journalistes britanniques les skinheads ne sont qu'une nouvelle sorte de voyous incontrôlables (à l'époque la France a ses blousons noirs). Le mouvement n'est peu ou pas politisé.
Vers 1971 la vague skinhead s'essouffle. De nouvelles modes apparaissent : le style glam rock pour les jeunes blancs et le mouvement rastafari pour les noirs. Les skinheads authentiques, qui rejettent le racisme et la violence gratuite, adoptent le style suedehead (crâne de velours): le look devient plus recherché, à la manière des mods, les cheveux repoussent.
1979, les Skinheads réapparaissent puis se politisent
Une paire de docs. On aperçoit la couture jaune distinctive autour de la semelle.Après 1971 l'esprit skinhead ne disparaît pas pour autant et survit à travers les suedeheads puis les smoothies (ces-derniers portent les cheveux assez longs). Les deux adoptent le style bootboy lorsqu'ils descendent dans la rue : blue jean retroussé, Doc Marten's montantes, bretelles... C'est le style vestimentaire arboré dans le film de Stanley Kubrick "Orange mécanique". L'½uvre est violente mais le message est plus subtil qu'il n'y paraît : une critique des théories comportementalistes et une caricature des aspects les plus ridicules des sociétés modernes. À la suite ce film constituera une source d'inspiration pour de nombreux groupes skinheads, contribuant à forger l'image du jeune rebelle violent, incontrôlable mais cyniquement lucide.
Les mods eux aussi sont has-been mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre où ils sont à l'origine d'un style musical particulier, influencé par la musique noire américaine des années 1960, la northern soul.
Les codes musicaux changent et chez les bootboys le reggae, le rocksteady et le ska sont vite supplantés par le glam rock (cf David Bowie ou The New York Dolls), le pub rock (cf Dr Feelgoodet Elvis Costello) puis le punk-rock (genre musical inventé aux États-Unis par les Stooges, les New York Dolls, encore eux, et les Ramones, nés en 1974 et célèbres dès 1976). Nombre des premiers punks britanniques (fin 1976-début 1977) ont le style bootboy, à commencer par les Clash (par ailleurs fans de reggae et de pub rock).
Profitant de l'explosion médiatique punk en 1977, les skinheads et même les mods réapparaissent et se mêlent aux punks. Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk. Le film Quadrophenia (1979) et le groupe The Jam participent à la relance du courant modernist. L'hybridation des mods et des punks porte le nom de hard-mods (reprise d'un terme déjà utilisé à la fin des années 1960). Après 1979 cependant, le punk-rock n'a plus la faveur des médias de masse et le look punk se radicalise : les punks deviennent not dead (de l'expression « punk's not dead »). C'est l'époque où apparaissent blousons cloutés et crêtes colorées. Cependant beaucoup de punks de la première vague adoptent le style des skinheads, ce qui passe à la fois comme un retour aux sources et une radicalisation. Le mouvement skinhead connaît une nouvelle heure de médiatisation.
Ces nouveaux skinheads écoutent ou jouent du street punk et de la oi !, c'est-à-dire des formes violentes et radicales de punk-rock. Oi!, en argot cockney, est la contraction de l'apostrophe : Hey you !. On entend Oi! pour la première fois sur un morceau des Clash en 1977 (Career opportunities). Les groupes précurseurs sont Menace, Angelic Upstarts ou Sham 69, puis viennent Cockney Rejects, Business, Cocksparrers, The 4 Skins, Last Resort, The Oppressed, Blitz...
Notons que les Sham 69, groupe emblématique des skinheads (et toujours sur la route) n'ont jamais adopté un look skinhead radical (le chanteur porte les cheveux mi-longs). Les videos de la fin des années 1970 montrent plutôt le look bootboy très fréquent à cette époque. Les membres de Blitz ou des Oppressed affichent quant à eux une apparence skinhead beaucoup plus standardisée (cheveux tondus, chaussures montantes, bretelles...). Les Exploited révèlent le look street-punk, fondamentalement différent de celui des skinheads mais avec des similitudes : coupes iroquoises (crêtes), blousons de cuir cloutés, cartouchières et pantalons moulants s'écartent du look skinhead. On constate ici (sauf pour les cheveux) une osmose avec le style heavy metal très extravagant de l'époque. Mais les punks not dead portent aussi bretelles, jeans retroussés et chaussures montantes comme les skinheads. Les punks semblent préférer les rangers et les skinheads les Docs Martens coquées ou les paraboots (terme générique pour désigner les bottes de saut, la marque la plus connue étant Getta Grip). Les looks intermédiaires entre le punk et le skinhead sont désignés sous les termes bootboys, skunks ou encore herberts. Ces nuances paraissent futiles au néophyte. Mais il faut comprendre que chez les punks comme les skinheads l'apparence vestimentaire, la coupe de cheveux et l'allure en général ont une importance considérable. La plupart sont des adolescents ou de jeunes adultes qui cherchent à s'émanciper et sont donc très attentifs aux codes vestimentaires.
Cette époque connaît aussi un revival rocksteady, ska et skinhead reggae qui contribue à populariser le style skinhead avec des groupes comme Madness, The Specials, Bad Manners ou The Selecter de chez Two-Tone Records. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt modernist ou hard mods, mais le public est largement skinhead. De nombreux artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont surface (par exemple le chanteur Laurel Aitken, godfather of ska music, ou le tromboniste Rico Rodriguez). Le ska, énergisé par les influences punk-rock, remporte les faveurs du public skinhead de l'époque.
Mais en 1979, contrairement à 1969, la très grande majorité des skinheads sont blancs. C'est aussi de cette époque que date l'habitude de se raser les cheveux et la musique Oi! de cette époque est souvent qualifiée de closed shave (rasée de près). Le slogan ACAB (all the cops are bastards, "tous les flics sont des bâtards") fait son apparition. Dès 1979 la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest (en France la première compilation skin-punk Chaos sort en 1982). C'est une contre-culture particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle n'attire pas la majorité des jeunes. En France, le strett-punk des Camera silens ou deLa Souris Déglinguée attire un public skinhead. Il en va de même pour Skarface, légende vivante du ska en France. À New York les inventeurs de la musique punk-hardcore sont généralement des skinheads (Agnostic Front, Madball, MOD, ...), et revendiquent encore aujourd'hui leur appartenance au mouvement. Ces skinheads évoluent dans une mouvance plus large : le punk-rock, le hardcore ou encore le rock alternatif.
Cette seconde époque skinhead est aussi marquée par la récupération politique du mouvement. À la fin des années 1970 l'extrême droite britannique (British National Party et National Front) s'implante parmi les jeunes punks et skinheads blancs issus généralement des classes sociales les plus défavorisées et en situation de marginalisation. Les provocations de quelques punks, comme Sid Vicious qui arborait souvent un t-shirt à croix gammée, ont fait penser à certains que les vrais rebelles étaient les nazis. Ian Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver, est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver était un groupe street punk parfaitement apolitique (comme l'immense majorité des groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur, né en 1977. Après un split de courte durée Ian Stuart reconstitue le groupe en 1979, mais sous une forme politisée ouvertement néonazie, puis il crée Blood and Honour au début des années 1980. C'est un mouvement nationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne cache pas sa fascination pour Hitler et ne tarde pas à apporter directement son soutien aux associations néonazies, aussi bien au Royaume Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads qui adoptent un comportement de plus en plus violent et basculent vers l'extrême droite. Beaucoup sont des hooligans fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent Sieg Heil! ou Heil Hitler dans les concerts et déclenchent de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks, sans parler des agressions envers les noirs ou les immigrés. Le paki bashing reprend.
Certains skinheads ont pu se rapprocher de l'extrême-droite pour prendre le contrepied des punks de la période 1979-1982 : rejet de la saleté, du look "destroy" mal rasé, de la clochardisation, de l'anarchisme braillard, des drogues dures... respect des valeurs familiales, du travail, de la patrie, allure physique et vestimentaire saine et propre... C'est-à-dire le rejet de la marginalisation et l'attachement à des valeurs à la fois populaires et conservatrices. Idéologiquement ces premiers skinheads nationalistes ratissent très large : rescapés du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors, antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration, anticommunistes qui dénoncent les états soviétiques, hooligans violentissimes, punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment provoquer en arborant des insignes nazis (alors que leurs parents ont souvent combattu les nazis en 1939-45)...
Éc½urés par cette récupération de leur contre-culture et fidèles à leurs racines métisses, les skinheads antiracistes se regroupent à partir de 1979-80 dans Skinheads Against the Nazis (S.A.N., impulsé et contrôlé par le Socialist Worker's Party, trotskiste), puis au sein des SHARP (SkinHeads Against Racial Prejudice, mouvement fondé à New York vers 1987 à partir de l'expérience depuis 1985 d'un groupe de skinheads et boot-boys de Cincinnati appelé Baldies Against Racism). La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy Moreno, leader du groupe gallois The Oppressed et importateur en 1989 du SHARP au Royaume-Uni. The Oppressed chantent Work together (clin d'½il marxiste au "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"). Mais avant que les "pare-feux" ne se mettent à fonctionner, l'image des skinheads et même certains groupes emblématiques de la scène ont eu à pâtir de la dérive vers le néonazisme d'une partie d'entre eux. Ainsi les Sham 69, desespérés que de nombreux skinheads d'extrème-droite fréquentent leurs concerts (la "SHAM Army", cohorte de fans du groupe, étant même gangrénée par ceux-ci). Son chanteur mythique Jimmy Pursey décide alors de remettre les pendules à l'heure en faisant jouer le groupe dans les festivals RAR (Rock Against Racism). Les Sham 69 adaptent le chant révolutionnaire chilien El pueblo unido jamas sera vencido (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) en If the kids are united they will never be defeated (Si les kids sont unis, ils ne seront jamais battus). Ces groupes réaffirment leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales... A la même époque les Dead Kennedys (groupe punk californien) dénoncent la dérive des punks et skinheads nazis dans le morceau Nazi punks. Fuck off!. Certains skinheads anti-racistes sont engagés au sein du Socialist Workers Party, organisation marxiste révolutionnaire qui organise de grandes grèves à partir de 1980 en réaction à la politique libérale du gouvernement Thatcher (remise en cause d'acquis sociaux, restructurations doulouleuses dans l'industrie et les mines...). Ils sont appelés reds (rouges) par les nationalistes qui les accusent de vouloir faire basculer l'Occident dans la sphère soviétique (en fait la plupart des skinheads anti-racistes sont proches du travaillisme ou du syndicalisme réformiste, plus rarement du communisme). Les véritables redskins, proches de la gauche révolutionnaire, constituent d'ailleurs à l'origine (autour du groupe de soul-rock The Redskins animé par des permanents du SWP) un mouvement distinct des skinheads. Les skinheads anti-racistes considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent boneheads (littéralement "crânes d'os", en fait l'équivalent anglais de "crétin"). Ces deux termes, péjoratifs dans l'esprit de ceux qui les utilisent, ont toujours cours aujourd'hui.
Les Skinheads aujourd'hui
Skinheads lors d'un concertAujourd'hui la mouvance des skinheads est profondément divisée et hétéroclite. Le néophyte aura bien du mal à les départager, d'autant plus que les codes vestimentaires sont similaires malgré des tendances politiques très différentes. La culture skinhead est fondée sur un support musical. La lecture des chansons, l'imagerie des pochettes de disque, les labels de distribution, de production, les logos ou slogans affichés permettent souvent de localiser politiquement les artistes.
Les skinheads sont en fait à l'image de la société : leur sensibilité politique va de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par la gauche et la droite classiques. Certains sont démocrates, alors que d'autres sont attirés par des discours radicaux qui prônent la dictature du prolétariat de type marxiste-léniniste, ou à l'inverse une dictature de type National-Socialiste. Certains sont radicalement racistes, alors que d'autres rejettent en bloc tout type de racisme. Certains sont athées ou agnostiques, alors que d'autres sont croyants (chrétiens, païens, bouddhistes)...
Malgré cette diversité, il y a des points communs qui les rassemblent (presque) tous : ils sont généralement issus des classes sociales modestes ou moyennes, et sont fiers de leurs origines sociales. Ils méprisent avec vitalité la police, les bourgeois et les hippies (encore que le mépris des hippies ressemble plus à un jeu qu'à une réelle haine dans certaines bandes). Ils soutiennent généralement l'équipe de football de leur ville et optionnellement leur équipe nationale. Leur goût pour la provocation et la bagarre les rassemble aussi. De même, ils adorent se déhancher sur les pistes de danse lors de soirées 60's au son des musiques mods, soul ou jamaïcaines - sauf les skinheads néonazis -, vont pogoter lors de concerts streetpunk, oi! (ou RAC pour les néonazis) . Enfin, les skinheads sont également très actifs dans la rédaction et la diffusion de fanzines dédiés à la musique, au football et à d'autres cultures (comme le tatouage ou le scooter par exemple).
Les Skinheads non-engagés dits apolitiques
La question des skinheads apolitiques alimente les gorges chaudes. Historiquement il est indéniable que la première vague skinhead, entre 1968 et 1971, fut dénuée de toute attache politique, donc apolitique par définition.
La mention d'apolitisme est apparue en tant que telle, et revendiquée par de nombreux skinheads, lorsque l'extrême droite a récupéré une partie du mouvement à partir de 1978. Cette mention d'apolitisme signifiait alors le rejet de l'extrême-droite et de ses valeurs. C'est d'ailleurs là l'origine ultérieure (1985 - 1987) du mouvement SHARP : SkinHeads Against Racial Prejudice (Skinheads contre les préjugés raciaux). Cf la première partie de l'article.
Cependant la notion a évolué en se généralisant à toutes les tentatives d'infiltration, de droite comme de gauche. On peut définir le skinhead apolitique comme celui qui refuse farouchement d'afficher en tant que skinhead une quelconque affiliation à un parti ou à un syndicat et refuse de mêler la mode skinhead qu'il arbore à l'engagement politique, de droite comme de gauche, extrémiste ou modéré. Ceci ne signifie pas pour autant qu'il n'a aucune idée, ni aucun engagement. Mais il ne l'affiche pas ouvertement en tant que skinhead et fait preuve d'une relative réserve.
Au-delà de ce simple refus du mélange des genres, beaucoup de skinheads apolitiques sont dégoûtés par les récupérations de leur mouvement, aussi bien par l'extrême-droite que par l'extrême-gauche. Ils considèrent que la récupération politique (presque toujours extrémiste quand il s'agit des skinheads) "salit", corrompt tout, et qu'un vrai skinhead ne peut pas s'afficher en militant, et surtout pas être extrémiste. Entre les surenchères des skinheads néonazis d'une part et des communistes ou anarchistes de l'autre, certains skinheads les renvoient dos à dos. De façon paradoxale, ils en viennent à militer pour l'apolitisme (cf les textes de groupes français : ¼il pour ¼il "A boire!", Crâne de Fer "Apopulaires", Traquenard "Apolitique" ou catalan : Ultimo Assalto "Apoliticos"). On peut voir au revers des pochettes des disque des logos évocateurs comme une croix gammée barrée associée à une faucille et un marteau barrés également. Le groupe français Kohorte IDF se fait représenter sur ses pochettes par un personnage mi-skinhead, mi-mercenaire du XVe siècle, qui porte sur son écu "ni red, ni bone (pour bonehead), juste skin". C'est un rejet clair des extrémismes des deux bords.
Logo du SHARP BiélorusseA l'origine les skinheads apolitiques furent ceux qui refusèrent l'embrigadement par l'extrême-droite au début des années 1980 au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le mouvement SHARP originel peut alors être considéré comme apolitique. Aujourd'hui cependant le SHARP paraît plutôt engagé à gauche et l'apolitisme est revendiqué de deux manières par certains des skinheads (mais aussi un nombre non négigeable de punks): le premier est le refus de mêler ostensiblement sa mode à un quelconque engagement politique ou syndical (modéré ou extrémiste), le second un refus de tout engagement politique ou syndical, surtout extrémiste. La limite entre ces deux formes d'apolitisme est souvent floue et fluctuante mais elle apparaît parfois de façon claire : ainsi, par exemple, en mai 2002 beaucoup de skinheads apolitiques ont défilé dans la rue pour marquer leur opposition au candidat d'extrême-droite Le Pen. Ils affichaient ainsi clairement leur appartenance à un camp.
L'ultra-gauche a longtemps désigné les apolitiques comme des brutes pour qui ne comptaient que les "3B" (bière, baise, baston), voire comme des crypto-fascistes ou des spécialistes du retournement de veste. C'est vrai que certains skinheads français des années 1980 ont commencé par être apolitiques avant de devenir néonazis. Il y eu aussi des parcours inverses. Surtout les skinheads apolitiques apparaissent aujourd'hui comme échaudés par les extrémistes de tous bords. Mais la plupart s'affichent aussi comme antiracistes et non-nazis, ce qui est déjà une prise de position par la négative.
Le SHARP, évoqué précédemment dans l'article, est à la frontière de l'apolitisme et de l'engagement idéologique, c'est pourquoi nous en traiterons plus tard. De manière là encore très paradoxale on pourrait définir les skinheads Sharp comme des "apolitiques de gauche" (l'expression est d'un journaliste québécois).
Chez les skinheads apolitiques on rencontre en particulier les Trojan skinheads ou skinheads traditionnels : perpétuateurs de l'esprit de 1969, fans de reggae, de soul, de rocksteady et de ska, ils circulent souvent en scooter comme les mods, ils ne mêlent guère musique et politique. Ils affichent cependant un antiracisme sincère et revendiquent leur appartenance à la working class. Ils sont, au sens historique, les fidèles continuateurs de la première vague skinhead.
Parmi les groupes de musique skinhead apolitiques, on peut citer The Last Resort, 4-Skins, Cock Sparrer, Warzone ou encore The Business.
Les Skinheads engagés, dits politisés
Les skinheads politisés sont des sympathisants ou militants politiques, syndicaux et/ou associatifs qui partagent soit une idéologie d'extrême gauche soit une idéologie d'extrême-droite. Leur volonté est de faire passer un message politique radical à travers leurs concerts ou à travers leurs différents fanzines et actions.
L'expression même de skinheads politisés ne doit pas induire en erreur : l'extrême-droite et l'extrême-gauche (ou ultra-gauche) ne sont en aucun cas unies et leurs différences l'emportent de beaucoup sur leurs points communs. Le terme de skinhead engagé ou militant est préférable (remarquons qu'il exite aussi des plombiers militants ou des rappeurs engagés, donc ce n'est pas une particularité skinhead...).
Les skinheads d'extrême droite
Les skinheads nationalistes
Ces derniers sont proches des partis d'extrême droite traditionnels, comme le Front National ou le Mouvement National Républicain (MNR) en France. Ces skinheads ne sont pas nazis. Ils sont identitaires (défense de l'identité nationale, de la culture gréco-romaine (voire celto-germanique) et de l'héritage chrétien de l'Europe, et anti-gauchistes. Leur nationalisme parfois exacerbé peut les rapprocher de temps à autre du mouvement White Power (raciste et nazi); certains sont particulièrement opposés à l'islam et aux immigrés d'origine maghrébine (en France), pakistanaise (Royaume-Uni) ou encore turque (Allemagne). Notons que les skinheads nationalistes, souvent attachés aux valeurs conservatrices, peuvent aussi mépriser les homosexuels. Le GUD (Groupe d'Union Défense, mouvement étudiant d'extrême droite en France) a un temps recruté parmi les jeunes autour de thèmes fédérateurs comme la défense de l'identité française, le refus de l'immigration ou la corruption des hommes politiques.
Notons aussi que l'extrême-droite française est divisée et que les skinheads qui en sont proches de même. Beaucoup récusent le terme skinhead pour lui préférer celui de "jeune nationaliste". La fréquentation des sites et forums internet de cette mouvance nous apprend ainsi que certains sont profondément antisémites, ils condamnent l'existence même d'Israël et prennent fait et cause pour les Arabes et même les islamistes. À l'inverse d'autres voient Israël comme l'avant-garde de l'Occident face au péril arabo-musulman et soutiennent alors le sionisme radical. Cet exemple nous montre des points de vue bien différents.
Les skinheads White Power, néonazis et suprémacistes blancs
Skinhead naziOuvertement nazis, donc racistes. On parle aussi de Boneheads, terme péjoratif utilisé par leurs opposants (tous les autres skinheads), ou de naziskins. Ils sont très actifs (et ont été assez répandus en France dans la période 1985-95, où ils representaient alors la majorité des skinheads) et regroupés dans diverses organisations telles Blood and Honour, Hammerskins ou Combat 18, un groupe terroriste organisé à partir du kop fasciste des Chelsea Headhunters. Les naziskinheads sont très visibles en Scandinavie, en Allemagne de l'Est (ex-RDA), dans certaines régions des États-Unis (où ils sont organisés en réseau avec d'autres organisations d'extrême droite comme le Ku Klux Klan), ainsi qu'en Europe de l'Est, notamment en Pologne, Serbie ou surtout Russie, pays qui compte le plus grand nombre de skinheads néonazis (où ils défraient souvent la chronique par leurs nombreuses agressions contre des immigrés ou Russes orientaux, allant couramment jusqu'au meurtre). Le look se distingue un peu du look skinhead originel : il est franchement paramilitaire, les cheveux sont généralement rasés à blanc. Les insignes sont la croix gammée, les écussons de la LVF ou de la division Das Reich, la croix celtique, les galons de la Wehrmacht ou de la SS... La symbolique germanique, viking ou celte est souvent utilisée par les skinheads néonazis qui marquent ainsi leur rejet des valeurs judéo-chrétiennes et prônent un retour au paganisme indo-européen. L'usage de l'imagerie celte ou germanique est une récupération. Tous les mouvements qui se réclament du paganisme, du celtisme etc ne sont pas néonazis, ni même nationalistes. Les skinheads nazis se reconnaissent grâce au sigle NS (national-socialiste, c'est-à-dire nazi), généralement accolé au nombre 88 (pour HH, huitième lettre de l'alphabet et initiales de "Heil Hitler"). La marque Lonsdale a longtemps été la préférée des néonazis car en ouvrant partiellement le blouson sur le t-shirt on peut lire NSDA, soit le début de NSDAP (sigle allemand du parti nazi). Cependant les propriétaires de la marque ont beaucoup communiqué sur le fait que le champion de boxe Lonsdale, à l'origine de la marque, a créé à Londres la première salle d'entrainement ouverte aux noirs. Les skinheads néonazis ont aujourd'hui leurs propres marques et sigles emblématiques. Les skinheads nazis se réclament aussi de la classe ouvrière. Dans les années 1980 beaucoup d'entre-eux se considéraient comme les fils spirituels des SA (Sections d'assaut, brigades de militants nazis des années 1930 en Allemagne). Ces SA tenaient un discours à la fois nationaliste, raciste mais aussi social et étaient issus du monde ouvrier et de la petite bourgeoisie. Ils réclamaient des mesures sociales avancées et la constitution d'une armée populaire. Leurs chefs furent exécutés et leurs organisations absorbées par les SS aux ordres d'Hitler lors de la "Nuit des longs couteaux" en 1934.
La musique des skinheads nazis est le RAC : Rock Against Communism. La plupart des groupes rac sont diffusés de façon discrète, par la vente par correspondance, où lors des concerts. En France un avatar du rac fut le RIF : Rock Identitaire Français. Parmi les groupes musicaux de skinheads néonazis, on peut citer : Les Allemands Landser, les Français Légion 88, Bunker 93, Chevrotine, Division Skinhead, les Australiens Fortress, les Polonais Konkwista 88, les Américains Bound For Glory ou encore les Suédois Pluton Svea. Le groupe de référence reste les Anglais de Skrewdriver (cf la première partie de l'article). La plupart de ces groupes incorporent des influences metal à leur musique qui reste quand même à base de oi!. Il existe, depuis quelques années, un rapprochement entre les skinheads white power et les milieux black metal païens, qui se réclament parfois eux aussi du national-socialisme, créant un style hybride qui commence à prendre une certaine ampleur, notamment en Europe de l'Est et aux USA. Si l'on constate aussi une adhésion aux idées d'extrême-droite dans une partie minoritaire des scènes industrielle et dark folk, la mouvance gothique est loin d'adhérer massivement à l'extrême-droite. Il y a là encore une récupération partielle. Seul le RAC peut être considéré, par les idées qu'il véhicule, comme authentiquement d'extrème-droite. Cependant nationalistes et néonazis fréquentent aussi d'autres univers musicaux qui ne leur sont pas réservés (il serait absurde et anachronique de décrêter que Beethoven et Wagner sont nazis sous prétexte qu'Hitler utilisait leur musique pour sa propagande).
voir aussi national socialist black metal
Les Skinheads d'extrême gauche
Les Skinheads Against Racial Prejudice [modifier]
L'histoire du mouvement SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice) a été évoquée dans la première partie de l'article. C'est une forme d'apolitisme de gauche, aussi paradoxal que puisse paraître le terme. D'une manière générale la plupart des skinheads sharp partagent l'idée selon laquelle la récupération politique a gangrené le mouvement skinhead, condamnent les extrémismes de droite comme de gauche mais affichent fièrement leur antiracisme, leur antifascime et des valeurs ouvrières (solidarité, luttes sociales, sens de la fête, camaraderie...). Le mouvement SHARP actuel est plutôt une mouvance car il est peu structuré. Il s'agit d'associations type loi de 1901, non fédérées entre elles, qui adoptent le même logo et des statuts similaires. Il n'y a pas de militant au sens strict. En France le SHARP se veut "antiraciste, antifasciste et populaire" et "libre de toute affiliation politique ou syndicale". Les skinheads sharp français fréquentent cependant beaucoup les skinheads d'extrème-gauche et vice et versa. Dans les années 1990 des skinheads sharp français furent proches du mouvement Ras l'Front, opposé au Front National de Jean-Marie Le Pen. Or Ras l'Front a été piloté par des intellectuels proches du PCF et des militants de la LCR...
Aux États-Unis, des skinheads sharp ont défilé dans la rue aussi bien contre le racisme ou l'homophobie... qu'en faveur de la première guerre du Golfe (1991) ! De gauche, mais aussi patriotes... les skinheads sharp d'outre-Atlantique sont certainement moins proches de la gauche radicale que leurs homologues français !
Le SHARP apparaît aussi pour certains comme une forme d'apolitisme accompagné d'un engagement à minima pour se démarquer des skinheads d'extrême droite. Les logos sharp comprennent souvent le casque de l'hoplite grec du label Trojan, des haches croisées, des lauriers (références au logo Fred Perry) ou une botte qui écrase une croix gammée.
Dans la plupart des pays, le SHARP est proche d'autres mouvances skinheads beaucoup plus engagées et généralement d'extrème-gauche. Mais il existe en France et surtout en région parisienne une surenchère entre skineads sharp d'une part et certains redskins de l'autre. Les sharps accusent les redskins d'être des staliniens. Les redskins accusent les sharps de ne pas être des antifascistes radicaux et sincères. Néanmoins ces oppositions parfois violentes restent carectéristiques de la scène parisienne, puisque les skinheads affiliés au SHARP sont très souvent solidaire des skinheads plus politisés en province.
Quelques groupes proches du Sharp : the Oppressed, Sham 69 (RU), les Janitors, Molodoi (Fr)...
Les Redskins
A l'origine, ce ne sont pas des skinheads à proprement parler, mais des fans du groupe de soul-rock britannique The Redskins (fin 70's/première moitié 80's), dont plusieurs membres appartenaient au Socialist Workers Party et en étaient des permanents. Le groupe, qui tient un discours révolutionnaire sur fond de musique soul mâtinée de punk-rock, animateur du Red Wedge (le "coin rouge") avec d'autres groupes et artistes (Style Council, Billy Bragg, Bronski Beat/The Communards...) pour soutenir les luttes de résistance contre les dégâts sociaux et politiques du libéralisme de Thatcher, fait alors des émules qui se regroupent et commencent plus ou moins à s'organiser pour reprendre la rue aux fascistes ou défendre les concerts. Ils rencontrent alors d'authentiques skinheads "rouges", regroupés dans la Red Action Skinhead (fraction skinhead de la Red Action, un petit groupe politique trotskiste issu d'une scission du SWP sur la question de l'anti-fascisme dans la rue) ou issus de bandes à caractère particulier, comme celle des skinheads de Coventry, proches depuis leur origine du minuscule British Communist Party.
En France, portés par l'émergence de la scène dite du "rock alternatif" (Bérurier noir, Nuclear Device, Ludwig Von 88, Babylon Fighters, LKDS, Laid Thénardier...) et popularisés par les luttes étudiantes de l'hiver 86 et leur combat dans la rue contre les skinheads d'extrème-droite, les premiers redskins affichaient un look empruntant autant aux skinheads qu'aux tribus "rock" en général (punks, mods, psychobillys...). Au reflux de la vague alternative, à partir de 1989, certains se sont ensuite rapproché du style skinhead originel en conservant parfois quelques particularismes hérités de cette première vague redskin : bomber retourné côté doublure orange, lacets rouges, insignes et patches communistes divers... Mais tous les redskins ne se considèrent par pour autant comme skinheads. Si la majeure partie d'aujourd'hui peut être rattachée aux skinheads (musiques, style vestimentaire ou de vie...), il subsiste un courant qui n'en reste qu'à la marge ou, même, s'en éloigne parfois au niveau sous-culturel (investis dans le rap...) et ne cultivant souvent avec les autres redskins qu'un lien social et politique.
Les Red And Anarchist Skinheads
Logo du RASHLe RASH (Red and Anarchist Skinheads), surtout européen, regroupe depuis les années 1990 d'anciens redskins de la première vague et de nouveaux skinheads engagés à l'extrême gauche, parfois issus de la mouvance SHARP. Ses membres considèrent leur appartenance au mouvement skinhead comme un complément de leur engagement militant, le skinhead devenant une forme d'idéal ouvriériste. La plupart des skinheads RASH gravitent autour de : l'Union Anarchiste, la Fédération Anarchiste, the Anarchist Black Cross, l'Union Communiste Libertaire, la CNT (syndicat anarchiste), voire la Ligue Communiste Révolutionnaire ou différents groupuscules guévaristes... Ce mouvement revendique un antiracisme et un antifascisme radical et joue souvent la surenchère vis-à-vis du SHARP, tantôt considéré comme un allié, tantôt comme un concurrent (mais pas comme un ennemi). Les thèmes de la lutte des classe, de l'urgence révolutionnaire ou de l'internationalisme sont récurrents. Un slogan des skinheads rash est : "pas de guerre entre les races, pas de paix entre les classes".
Parmi la scène skinhead d'extrême gauche, on peut citer le groupe indépendantiste marxisant catalan Opcio K-95 ou encore les groupes libertaires parisiens Brigada Flores Magon et Ya Basta ! ou les groupes bordelais marxistes Los Foiros et Redweiler.
Notez que certains skinheads sharp, rash ou encore redskins s'affichent aussi comme indépendantistes, voire nationalistes. Il existe deux nationalismes : un d'extrême-droite (primauté de la nation), auquel se rattachent skinheads nationalistes et néonazis, un autre de gauche (liberté pour sa nation), auquel se rattachent certains skinheads engagés à gauche, en particulier au sein de certaines minorités qui luttent pour leur reconnaissance, voire leur indépendance : Bretons, Basques, Catalans, Occitans... Dans ce dernier cas il s'agit d'une mouvance très minoritaire et qui arbore le slogan "Occitània Antifascista". Il n'y a donc pas d'équivoque.
Autres identités skinheads
De manière plus anecdotique, il existe d'autres identités skinheads.
Les Skinheads chrétiens
Pour certains, leur positionnement est ouvertement antiraciste et antinazi. Très présents en Amérique du Nord (Canada et USA) où la scène punk-rock chrétienne est gigantesque, les skinheads chrétiens font de plus en plus parler d'eux en Europe. Ces derniers sont beaucoup plus présents dans le milieu hardcore et straight edge (ni alcool, ni cigarette, ni drogue) que dans le milieu Oi! ou Street Punk. Parmi les groupes skins chrétiens, on peut citer le groupe de ska/rocksteady américain The Israelites, le groupe de punk hardcore américain The Deal, le groupe de oi! allemand Jesus Skins ou encore le groupe streetpunk américain aux sonorités écossaises Flatfoot 56.
Les Gayskins
"Skinheads" homosexuels. La mode skinhead est ostensiblement arborées par certains homosexuels, appelés gayskins avec quelques fantaisies amusantes : polo rose fluo ou pantalon en latex moulant... Dans la pornographie homosexuelle masculine, le skinhead est un avatar du working class boy (jeune ouvrier). Les skinheads d'extrème-droite, généralement homophobes, récusent cette mouvance. Les autres ne les prennent guère au sérieux car les références skinheads des gayskins sont davantage vestimentaires que musicales. Il existe aussi un groupuscule gay néonazi fondé par un roadie de Skrewdriver : les Gay Aryan Skinheads, qui se réfèrent aux SA et aux moeurs grecques de ces-derniers. Mais ces "skinheads" homosexuels nazis pratiquent beaucoup moins l'art du second degré que les autres gayskins.
Les Gabbers
Le milieu Gabber, fondé en Hollande, doit son nom au mot Yiddish qui signie "frère". Les Gabbers sont des "teufeurs" au look skinhead. Aux Pays-Bas et en Belgique surtout, plus rarement dans le nord de la France, certains amateurs de musique techno et de rave parties arborent quasiment le look skinhead. Désignés sous le nom de Gabbers, ils préfèrent la techno dite "hardcore" ou encore "makina". A priori cette mouvance n'est ni organisée, ni politisée bien que l'on y trouve de tout... et surtout des gens non politisés. Cependant, certains - surtout en Belgique - sont politisés à l'extrême-droite et cousent des écussons et patches explicites sur leurs blousons. Certains peuvent donc être assimilés à des skinheads, mais ne le sont en aucun cas, voire à des boneheads. Les Gabbers, ou Gabberines au féminin, peuvent être reconnus, comme les skinheads, aux marques qu'ils portent (Lonsdale, Fred Perry, Everlast...) et autres blousons (bomber's ou Harrington) et chaussures (Doc Marteen's, Adidas).
Conclusion
Il faut retenir que les premiers skinheads sont apparus à la fin des années 1960 et qu'ils n'étaient en aucun cas racistes ou fascistes, ni communistes d'ailleurs, donc politisés. Leur point commun était leur origine sociale modeste, leur amour de la musique noire et leur goût pour la bagarre. C'est avec l'apparition du punk-rock en 1977 et le chômage qui frappe de plein fouet l'Europe à la fin des années 1970, que le mouvement skinhead se politise en grande partie. C'est le début de la grande opposition entre les scènes skinheads d'extrême-droite et d'extrême-gauche, les premiers étant notamment séduits par les textes néonazis de la seconde formation du groupe britannique Skrewdriver, et les seconds par des groupes comme The Clash ou The Oppressed.
Déjà pendant la Guerre Civile anglaise (1642-1649), les partisans du Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les têtes rondes par leurs ennemis en raison de leur coupe courte opposée à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles Ier Stuart. La ressemblance avec les skinheads s'arrête là car les partisans de Cromwell, même s'ils recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant tout des protestants puritains qui refusaient les prétentions absolutistes du roi et la possibilité d'un rétablissement du catholicisme en Angleterre.
Il y aurait également mention d'individus répondant à la définition et à l'appellation du skinhead dès le début du XXe siècle dans la presse du Royaume Uni. Le terme désignait de jeunes voyous issus des quartiers pauvres aux cheveux courts, l'équivalent des "Apaches de la zone" en France. Néanmoins, dans son acception moderne, le terme skinhead s'applique à un mouvement de jeunesse né à la fin des années 1960 au Royaume Uni.
Les Skinheads sont issus de la vague modernist : après 1967 beaucoup de Mods virent vers le flower power et le psychédélisme. Certains préservent le style originel et radicalisent leur look : ce sont les hard mods, ou encore heavy mods. Ils portent le costume cintré et le chapeau pork-pie pour danser, mais des vêtements de sport ou de travail pour traîner dans la rue (polo Fred Perry, chaussures Doc Martens noires et bien cirées avec des lacets rouges...). Ils prennent le contre-pied de la mode branchée de l'époque (telle la vague psychédélique ou le mouvement hippie), rejettent le conformisme et affichent fièrement leurs origines ouvrières (working class). Ces hard mods se crispent sur l'identité modernist de la période 1962-1966 : musique noire américaine (soul), luxe italien (Dolce Vita), style urbain et moderne, scooters Vespa ou Lambretta...
Comme ils vivent dans les même banlieues et quartiers ouvriers, les hard mods fréquentent les rude boys, ou rudies, jeunes immigrés antillais, surtout jamaïcains, dont le look est proche et avec qui ils partagent le goût pour la musique noire américaine (soul, rythm'n'blues) et jamaïcaine (ska et rocksteady). Vers 1968 les hard mods et les rudies se confondent pour devenir les skinheads. Certains prétendent qu'ils se sont tondus les cheveux pour se distinguer des hippies. Ou encore parce que nombre d'entre eux travaillaient en usine, porter les cheveux courts relevait d'une norme pour éviter les incidents au contact des machines. Plus probablement, il s'agit d'un moyen pour échapper à la police montée lors des émeutes. Le look skinhead se standardise vite : cheveux courts (tondus ou coupés courts, mais rarement rasés à blanc à cette époque), favoris, polo style Fred Perry, chemise style Ben Sherman, bretelles, blue jean style Levis 501 coupé court ou pantalon ajusté type Sta Press (rejet des pattes d'éléphant), chaussures Doc Martens, rangers ou baskets, blouson style bombers jacket, harrington ou encore donkey jacket (manteau de docker), écharpe de son club de football préféré... Notons que le blouson harrington, porté par les mods, puis les skinheads et enfin les punks, n'est pas une marque mais un type de veste légère en toile de coton unie doublée de tissus à carreaux écossais (tartan). Le nom vient du héros de la série télévisée américaine "Peyton Place", très populaire au début des années 1960, Mr Harrington, qui portait ce vêtement. Le look skinhead est donc un mélange de sportswear, de vêtements de travail et de surplus militaires. Mais le costume ajusté, héritage modernist, est encore porté pour danser ou frimer en soirée. Ces adolescents et ces jeunes adultes s'approprient, comme ceux d'aujourd'hui, certaines marques devenant emblématiques : Fred Perry, Lonsdale, Ben Sherman, Everlast, ou encore Adidas...
1969, les Skinheads popularisent le reggae [
En 1969, un véritable raz-de-marée skinhead envahit le Royaume Uni. Cette contre-culture devient soudain très à la mode et unit les jeunes des quartiers ouvriers, tant blancs que noirs. Les skinheads écoutent de la soul, du rythm'n'blues (des labels Stax, Motown ou encore Chess records), du mod's beat (soul-rock britannique des Who et autres Kinks ou Small Faces), mais surtout du ska, du rocksteady et du reggae avec des artistes noirs venus des Caraïbes tels Simaryp, Laurel Aitken, Desmond Dekker et même les Skatalites, les Upsetters, Jimmy Cliff ou Bob Marley, les Wailers... Le reggae et le rocksteady, bien plus que le ska presque passé de mode en 1969, apparaissent comme le son skinhead par excellence. Pour les puristes, on parle alors de skinhead reggae, de reggae one drop ou encore d'early reggae. Dans la tradition modernist, les skinheads aiment danser. Ils rivalisent de pas de danse compliqués pour frimer lors des discoes, l'équivalent des boums françaises. Les chansons parlent de leur vie quotidienne : émeutes, difficultés de la condition ouvrière, problèmes de tous les jours, contestation sociale, mais aussi sexe, danse et football. Les principales maisons de disques éditrices de ska et de skinhead reggae au Royaume Uni sont Trojan Records et Pama Records. Le logo Trojan (un casque de guerrier troyen) a été repris par la suite pour désigner les skinheads originels (spirit of 69). Les filles sont appelées skinhead girls plutôt que birds ou birdies (terme péjoratif équivalent du français "pouffiasse").
Ces gangs de jeunes ont parfois un comportement violent et les hooligans adoptent vite le style vestimentaire des skinheads. Certains avancent que les skinheads sont issu du hooliganisme. C'est à la fois vrai et faux : les jeunes Britanniques des classes moyennes et populaires se comportent souvent en hooligans dans les stades de football, mais le hooliganisme est plus ancien que le style skinhead (il date du début du XXe siècle) et les codes vestimentaires des hooligans varient beaucoup avec les modes (la plupart des hooligans actuels n'ont absolument pas le look skinhead). L'abus d'alcool et de drogues diverses (surtout les amphétamines pour pouvoir danser toute la nuit, le LSD étant plutôt une mode de hippies) n'arrange rien à l'image des skinheads. La presse tabloïd peut dès lors stigmatiser les skinheads, comme elle l'avait fait auparavant pour les mods ou les rockers. C'est la nouvelle menace.
L'Union JackL'usage fréquent des couleurs nationales (Union Jack pour l'ensemble des Britanniques ou Saint Georges Cross pour les Anglais) par les skinheads de cette époque est abusivement interprété comme un glissement vers le nationalisme. En fait les jeunes Britanniques font souvent preuve d'un patriotisme cocardier tel qu'on peut le rencontrer dans les tribunes des stades de football. Il n'est généralement fondé sur aucun nationalisme au sens strict. Les mods auparavant arboraient les couleurs nationales et les punks par la suite feront de même. Notons aussi que les Britanniques pavoisent beaucoup plus fréquemment que les Français. Cette fierté d'appartenir à la nation britannique est même un élément unificateur pour les jeunes Britanniques blancs et les Antillais noirs venus de la Jamaïque ou de Sainte-Lucie (états du Commonwealth, dont les habitants sont assimilés aux Britanniques puisque sujets de la même reine).
Mais il est vrai que les skinheads de cette époque font preuve de méfiance à l'encontre, non pas des Noirs, mais des jeunes Indiens et Pakistanais, dont le style vestimentaire et les goûts musicaux les rapprochent des hippies. Certains organisent de véritable ratonnades à leur encontre : le paki bashing. Ceux-ci réagissent et fondent des gangs de skinhead scalpers. Cette opposition entre skinheads noirs et blancs d'une part et jeunes indo-pakistanais de l'autre n'a cependant jamais été une généralité lors de la première vague skinhead. C'est plutôt une réalité circonscrite à certains quartiers de Londres et surtout à certains gangs. Les archives d'époque montrent d'ailleurs de nombreux skinheads au type asiatique.
Cette première vague skinhead est donc avant tout une mode, un style musical et vestimentaire largement méconnus hors du Royaume-Uni. Il n'y a pratiquement pas de skinheads à cette époque en Europe continentale ou en Amérique du Nord. Tout au plus la mode vestimentaire skinhead a-t-elle eu quelques échos en mai 68. De manière amusante, dans le film "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (1970), l'acteur Jean Yanne porte pendant quelques séquences une tenue inspirée par la mode skinhead : jean serré à revers, blouson ajusté de la même étoffe, rangers, cheveux plaqués et favoris. Pour la plupart des journalistes britanniques les skinheads ne sont qu'une nouvelle sorte de voyous incontrôlables (à l'époque la France a ses blousons noirs). Le mouvement n'est peu ou pas politisé.
Vers 1971 la vague skinhead s'essouffle. De nouvelles modes apparaissent : le style glam rock pour les jeunes blancs et le mouvement rastafari pour les noirs. Les skinheads authentiques, qui rejettent le racisme et la violence gratuite, adoptent le style suedehead (crâne de velours): le look devient plus recherché, à la manière des mods, les cheveux repoussent.
1979, les Skinheads réapparaissent puis se politisent
Une paire de docs. On aperçoit la couture jaune distinctive autour de la semelle.Après 1971 l'esprit skinhead ne disparaît pas pour autant et survit à travers les suedeheads puis les smoothies (ces-derniers portent les cheveux assez longs). Les deux adoptent le style bootboy lorsqu'ils descendent dans la rue : blue jean retroussé, Doc Marten's montantes, bretelles... C'est le style vestimentaire arboré dans le film de Stanley Kubrick "Orange mécanique". L'½uvre est violente mais le message est plus subtil qu'il n'y paraît : une critique des théories comportementalistes et une caricature des aspects les plus ridicules des sociétés modernes. À la suite ce film constituera une source d'inspiration pour de nombreux groupes skinheads, contribuant à forger l'image du jeune rebelle violent, incontrôlable mais cyniquement lucide.
Les mods eux aussi sont has-been mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre où ils sont à l'origine d'un style musical particulier, influencé par la musique noire américaine des années 1960, la northern soul.
Les codes musicaux changent et chez les bootboys le reggae, le rocksteady et le ska sont vite supplantés par le glam rock (cf David Bowie ou The New York Dolls), le pub rock (cf Dr Feelgoodet Elvis Costello) puis le punk-rock (genre musical inventé aux États-Unis par les Stooges, les New York Dolls, encore eux, et les Ramones, nés en 1974 et célèbres dès 1976). Nombre des premiers punks britanniques (fin 1976-début 1977) ont le style bootboy, à commencer par les Clash (par ailleurs fans de reggae et de pub rock).
Profitant de l'explosion médiatique punk en 1977, les skinheads et même les mods réapparaissent et se mêlent aux punks. Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk. Le film Quadrophenia (1979) et le groupe The Jam participent à la relance du courant modernist. L'hybridation des mods et des punks porte le nom de hard-mods (reprise d'un terme déjà utilisé à la fin des années 1960). Après 1979 cependant, le punk-rock n'a plus la faveur des médias de masse et le look punk se radicalise : les punks deviennent not dead (de l'expression « punk's not dead »). C'est l'époque où apparaissent blousons cloutés et crêtes colorées. Cependant beaucoup de punks de la première vague adoptent le style des skinheads, ce qui passe à la fois comme un retour aux sources et une radicalisation. Le mouvement skinhead connaît une nouvelle heure de médiatisation.
Ces nouveaux skinheads écoutent ou jouent du street punk et de la oi !, c'est-à-dire des formes violentes et radicales de punk-rock. Oi!, en argot cockney, est la contraction de l'apostrophe : Hey you !. On entend Oi! pour la première fois sur un morceau des Clash en 1977 (Career opportunities). Les groupes précurseurs sont Menace, Angelic Upstarts ou Sham 69, puis viennent Cockney Rejects, Business, Cocksparrers, The 4 Skins, Last Resort, The Oppressed, Blitz...
Notons que les Sham 69, groupe emblématique des skinheads (et toujours sur la route) n'ont jamais adopté un look skinhead radical (le chanteur porte les cheveux mi-longs). Les videos de la fin des années 1970 montrent plutôt le look bootboy très fréquent à cette époque. Les membres de Blitz ou des Oppressed affichent quant à eux une apparence skinhead beaucoup plus standardisée (cheveux tondus, chaussures montantes, bretelles...). Les Exploited révèlent le look street-punk, fondamentalement différent de celui des skinheads mais avec des similitudes : coupes iroquoises (crêtes), blousons de cuir cloutés, cartouchières et pantalons moulants s'écartent du look skinhead. On constate ici (sauf pour les cheveux) une osmose avec le style heavy metal très extravagant de l'époque. Mais les punks not dead portent aussi bretelles, jeans retroussés et chaussures montantes comme les skinheads. Les punks semblent préférer les rangers et les skinheads les Docs Martens coquées ou les paraboots (terme générique pour désigner les bottes de saut, la marque la plus connue étant Getta Grip). Les looks intermédiaires entre le punk et le skinhead sont désignés sous les termes bootboys, skunks ou encore herberts. Ces nuances paraissent futiles au néophyte. Mais il faut comprendre que chez les punks comme les skinheads l'apparence vestimentaire, la coupe de cheveux et l'allure en général ont une importance considérable. La plupart sont des adolescents ou de jeunes adultes qui cherchent à s'émanciper et sont donc très attentifs aux codes vestimentaires.
Cette époque connaît aussi un revival rocksteady, ska et skinhead reggae qui contribue à populariser le style skinhead avec des groupes comme Madness, The Specials, Bad Manners ou The Selecter de chez Two-Tone Records. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt modernist ou hard mods, mais le public est largement skinhead. De nombreux artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont surface (par exemple le chanteur Laurel Aitken, godfather of ska music, ou le tromboniste Rico Rodriguez). Le ska, énergisé par les influences punk-rock, remporte les faveurs du public skinhead de l'époque.
Mais en 1979, contrairement à 1969, la très grande majorité des skinheads sont blancs. C'est aussi de cette époque que date l'habitude de se raser les cheveux et la musique Oi! de cette époque est souvent qualifiée de closed shave (rasée de près). Le slogan ACAB (all the cops are bastards, "tous les flics sont des bâtards") fait son apparition. Dès 1979 la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest (en France la première compilation skin-punk Chaos sort en 1982). C'est une contre-culture particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle n'attire pas la majorité des jeunes. En France, le strett-punk des Camera silens ou deLa Souris Déglinguée attire un public skinhead. Il en va de même pour Skarface, légende vivante du ska en France. À New York les inventeurs de la musique punk-hardcore sont généralement des skinheads (Agnostic Front, Madball, MOD, ...), et revendiquent encore aujourd'hui leur appartenance au mouvement. Ces skinheads évoluent dans une mouvance plus large : le punk-rock, le hardcore ou encore le rock alternatif.
Cette seconde époque skinhead est aussi marquée par la récupération politique du mouvement. À la fin des années 1970 l'extrême droite britannique (British National Party et National Front) s'implante parmi les jeunes punks et skinheads blancs issus généralement des classes sociales les plus défavorisées et en situation de marginalisation. Les provocations de quelques punks, comme Sid Vicious qui arborait souvent un t-shirt à croix gammée, ont fait penser à certains que les vrais rebelles étaient les nazis. Ian Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver, est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver était un groupe street punk parfaitement apolitique (comme l'immense majorité des groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur, né en 1977. Après un split de courte durée Ian Stuart reconstitue le groupe en 1979, mais sous une forme politisée ouvertement néonazie, puis il crée Blood and Honour au début des années 1980. C'est un mouvement nationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne cache pas sa fascination pour Hitler et ne tarde pas à apporter directement son soutien aux associations néonazies, aussi bien au Royaume Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads qui adoptent un comportement de plus en plus violent et basculent vers l'extrême droite. Beaucoup sont des hooligans fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent Sieg Heil! ou Heil Hitler dans les concerts et déclenchent de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks, sans parler des agressions envers les noirs ou les immigrés. Le paki bashing reprend.
Certains skinheads ont pu se rapprocher de l'extrême-droite pour prendre le contrepied des punks de la période 1979-1982 : rejet de la saleté, du look "destroy" mal rasé, de la clochardisation, de l'anarchisme braillard, des drogues dures... respect des valeurs familiales, du travail, de la patrie, allure physique et vestimentaire saine et propre... C'est-à-dire le rejet de la marginalisation et l'attachement à des valeurs à la fois populaires et conservatrices. Idéologiquement ces premiers skinheads nationalistes ratissent très large : rescapés du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors, antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration, anticommunistes qui dénoncent les états soviétiques, hooligans violentissimes, punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment provoquer en arborant des insignes nazis (alors que leurs parents ont souvent combattu les nazis en 1939-45)...
Éc½urés par cette récupération de leur contre-culture et fidèles à leurs racines métisses, les skinheads antiracistes se regroupent à partir de 1979-80 dans Skinheads Against the Nazis (S.A.N., impulsé et contrôlé par le Socialist Worker's Party, trotskiste), puis au sein des SHARP (SkinHeads Against Racial Prejudice, mouvement fondé à New York vers 1987 à partir de l'expérience depuis 1985 d'un groupe de skinheads et boot-boys de Cincinnati appelé Baldies Against Racism). La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy Moreno, leader du groupe gallois The Oppressed et importateur en 1989 du SHARP au Royaume-Uni. The Oppressed chantent Work together (clin d'½il marxiste au "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"). Mais avant que les "pare-feux" ne se mettent à fonctionner, l'image des skinheads et même certains groupes emblématiques de la scène ont eu à pâtir de la dérive vers le néonazisme d'une partie d'entre eux. Ainsi les Sham 69, desespérés que de nombreux skinheads d'extrème-droite fréquentent leurs concerts (la "SHAM Army", cohorte de fans du groupe, étant même gangrénée par ceux-ci). Son chanteur mythique Jimmy Pursey décide alors de remettre les pendules à l'heure en faisant jouer le groupe dans les festivals RAR (Rock Against Racism). Les Sham 69 adaptent le chant révolutionnaire chilien El pueblo unido jamas sera vencido (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) en If the kids are united they will never be defeated (Si les kids sont unis, ils ne seront jamais battus). Ces groupes réaffirment leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales... A la même époque les Dead Kennedys (groupe punk californien) dénoncent la dérive des punks et skinheads nazis dans le morceau Nazi punks. Fuck off!. Certains skinheads anti-racistes sont engagés au sein du Socialist Workers Party, organisation marxiste révolutionnaire qui organise de grandes grèves à partir de 1980 en réaction à la politique libérale du gouvernement Thatcher (remise en cause d'acquis sociaux, restructurations doulouleuses dans l'industrie et les mines...). Ils sont appelés reds (rouges) par les nationalistes qui les accusent de vouloir faire basculer l'Occident dans la sphère soviétique (en fait la plupart des skinheads anti-racistes sont proches du travaillisme ou du syndicalisme réformiste, plus rarement du communisme). Les véritables redskins, proches de la gauche révolutionnaire, constituent d'ailleurs à l'origine (autour du groupe de soul-rock The Redskins animé par des permanents du SWP) un mouvement distinct des skinheads. Les skinheads anti-racistes considèrent les nationalistes et les néonazis comme de faux skinheads et les appellent boneheads (littéralement "crânes d'os", en fait l'équivalent anglais de "crétin"). Ces deux termes, péjoratifs dans l'esprit de ceux qui les utilisent, ont toujours cours aujourd'hui.
Les Skinheads aujourd'hui
Skinheads lors d'un concertAujourd'hui la mouvance des skinheads est profondément divisée et hétéroclite. Le néophyte aura bien du mal à les départager, d'autant plus que les codes vestimentaires sont similaires malgré des tendances politiques très différentes. La culture skinhead est fondée sur un support musical. La lecture des chansons, l'imagerie des pochettes de disque, les labels de distribution, de production, les logos ou slogans affichés permettent souvent de localiser politiquement les artistes.
Les skinheads sont en fait à l'image de la société : leur sensibilité politique va de l'extrême droite à l'extrême gauche en passant par la gauche et la droite classiques. Certains sont démocrates, alors que d'autres sont attirés par des discours radicaux qui prônent la dictature du prolétariat de type marxiste-léniniste, ou à l'inverse une dictature de type National-Socialiste. Certains sont radicalement racistes, alors que d'autres rejettent en bloc tout type de racisme. Certains sont athées ou agnostiques, alors que d'autres sont croyants (chrétiens, païens, bouddhistes)...
Malgré cette diversité, il y a des points communs qui les rassemblent (presque) tous : ils sont généralement issus des classes sociales modestes ou moyennes, et sont fiers de leurs origines sociales. Ils méprisent avec vitalité la police, les bourgeois et les hippies (encore que le mépris des hippies ressemble plus à un jeu qu'à une réelle haine dans certaines bandes). Ils soutiennent généralement l'équipe de football de leur ville et optionnellement leur équipe nationale. Leur goût pour la provocation et la bagarre les rassemble aussi. De même, ils adorent se déhancher sur les pistes de danse lors de soirées 60's au son des musiques mods, soul ou jamaïcaines - sauf les skinheads néonazis -, vont pogoter lors de concerts streetpunk, oi! (ou RAC pour les néonazis) . Enfin, les skinheads sont également très actifs dans la rédaction et la diffusion de fanzines dédiés à la musique, au football et à d'autres cultures (comme le tatouage ou le scooter par exemple).
Les Skinheads non-engagés dits apolitiques
La question des skinheads apolitiques alimente les gorges chaudes. Historiquement il est indéniable que la première vague skinhead, entre 1968 et 1971, fut dénuée de toute attache politique, donc apolitique par définition.
La mention d'apolitisme est apparue en tant que telle, et revendiquée par de nombreux skinheads, lorsque l'extrême droite a récupéré une partie du mouvement à partir de 1978. Cette mention d'apolitisme signifiait alors le rejet de l'extrême-droite et de ses valeurs. C'est d'ailleurs là l'origine ultérieure (1985 - 1987) du mouvement SHARP : SkinHeads Against Racial Prejudice (Skinheads contre les préjugés raciaux). Cf la première partie de l'article.
Cependant la notion a évolué en se généralisant à toutes les tentatives d'infiltration, de droite comme de gauche. On peut définir le skinhead apolitique comme celui qui refuse farouchement d'afficher en tant que skinhead une quelconque affiliation à un parti ou à un syndicat et refuse de mêler la mode skinhead qu'il arbore à l'engagement politique, de droite comme de gauche, extrémiste ou modéré. Ceci ne signifie pas pour autant qu'il n'a aucune idée, ni aucun engagement. Mais il ne l'affiche pas ouvertement en tant que skinhead et fait preuve d'une relative réserve.
Au-delà de ce simple refus du mélange des genres, beaucoup de skinheads apolitiques sont dégoûtés par les récupérations de leur mouvement, aussi bien par l'extrême-droite que par l'extrême-gauche. Ils considèrent que la récupération politique (presque toujours extrémiste quand il s'agit des skinheads) "salit", corrompt tout, et qu'un vrai skinhead ne peut pas s'afficher en militant, et surtout pas être extrémiste. Entre les surenchères des skinheads néonazis d'une part et des communistes ou anarchistes de l'autre, certains skinheads les renvoient dos à dos. De façon paradoxale, ils en viennent à militer pour l'apolitisme (cf les textes de groupes français : ¼il pour ¼il "A boire!", Crâne de Fer "Apopulaires", Traquenard "Apolitique" ou catalan : Ultimo Assalto "Apoliticos"). On peut voir au revers des pochettes des disque des logos évocateurs comme une croix gammée barrée associée à une faucille et un marteau barrés également. Le groupe français Kohorte IDF se fait représenter sur ses pochettes par un personnage mi-skinhead, mi-mercenaire du XVe siècle, qui porte sur son écu "ni red, ni bone (pour bonehead), juste skin". C'est un rejet clair des extrémismes des deux bords.
Logo du SHARP BiélorusseA l'origine les skinheads apolitiques furent ceux qui refusèrent l'embrigadement par l'extrême-droite au début des années 1980 au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le mouvement SHARP originel peut alors être considéré comme apolitique. Aujourd'hui cependant le SHARP paraît plutôt engagé à gauche et l'apolitisme est revendiqué de deux manières par certains des skinheads (mais aussi un nombre non négigeable de punks): le premier est le refus de mêler ostensiblement sa mode à un quelconque engagement politique ou syndical (modéré ou extrémiste), le second un refus de tout engagement politique ou syndical, surtout extrémiste. La limite entre ces deux formes d'apolitisme est souvent floue et fluctuante mais elle apparaît parfois de façon claire : ainsi, par exemple, en mai 2002 beaucoup de skinheads apolitiques ont défilé dans la rue pour marquer leur opposition au candidat d'extrême-droite Le Pen. Ils affichaient ainsi clairement leur appartenance à un camp.
L'ultra-gauche a longtemps désigné les apolitiques comme des brutes pour qui ne comptaient que les "3B" (bière, baise, baston), voire comme des crypto-fascistes ou des spécialistes du retournement de veste. C'est vrai que certains skinheads français des années 1980 ont commencé par être apolitiques avant de devenir néonazis. Il y eu aussi des parcours inverses. Surtout les skinheads apolitiques apparaissent aujourd'hui comme échaudés par les extrémistes de tous bords. Mais la plupart s'affichent aussi comme antiracistes et non-nazis, ce qui est déjà une prise de position par la négative.
Le SHARP, évoqué précédemment dans l'article, est à la frontière de l'apolitisme et de l'engagement idéologique, c'est pourquoi nous en traiterons plus tard. De manière là encore très paradoxale on pourrait définir les skinheads Sharp comme des "apolitiques de gauche" (l'expression est d'un journaliste québécois).
Chez les skinheads apolitiques on rencontre en particulier les Trojan skinheads ou skinheads traditionnels : perpétuateurs de l'esprit de 1969, fans de reggae, de soul, de rocksteady et de ska, ils circulent souvent en scooter comme les mods, ils ne mêlent guère musique et politique. Ils affichent cependant un antiracisme sincère et revendiquent leur appartenance à la working class. Ils sont, au sens historique, les fidèles continuateurs de la première vague skinhead.
Parmi les groupes de musique skinhead apolitiques, on peut citer The Last Resort, 4-Skins, Cock Sparrer, Warzone ou encore The Business.
Les Skinheads engagés, dits politisés
Les skinheads politisés sont des sympathisants ou militants politiques, syndicaux et/ou associatifs qui partagent soit une idéologie d'extrême gauche soit une idéologie d'extrême-droite. Leur volonté est de faire passer un message politique radical à travers leurs concerts ou à travers leurs différents fanzines et actions.
L'expression même de skinheads politisés ne doit pas induire en erreur : l'extrême-droite et l'extrême-gauche (ou ultra-gauche) ne sont en aucun cas unies et leurs différences l'emportent de beaucoup sur leurs points communs. Le terme de skinhead engagé ou militant est préférable (remarquons qu'il exite aussi des plombiers militants ou des rappeurs engagés, donc ce n'est pas une particularité skinhead...).
Les skinheads d'extrême droite
Les skinheads nationalistes
Ces derniers sont proches des partis d'extrême droite traditionnels, comme le Front National ou le Mouvement National Républicain (MNR) en France. Ces skinheads ne sont pas nazis. Ils sont identitaires (défense de l'identité nationale, de la culture gréco-romaine (voire celto-germanique) et de l'héritage chrétien de l'Europe, et anti-gauchistes. Leur nationalisme parfois exacerbé peut les rapprocher de temps à autre du mouvement White Power (raciste et nazi); certains sont particulièrement opposés à l'islam et aux immigrés d'origine maghrébine (en France), pakistanaise (Royaume-Uni) ou encore turque (Allemagne). Notons que les skinheads nationalistes, souvent attachés aux valeurs conservatrices, peuvent aussi mépriser les homosexuels. Le GUD (Groupe d'Union Défense, mouvement étudiant d'extrême droite en France) a un temps recruté parmi les jeunes autour de thèmes fédérateurs comme la défense de l'identité française, le refus de l'immigration ou la corruption des hommes politiques.
Notons aussi que l'extrême-droite française est divisée et que les skinheads qui en sont proches de même. Beaucoup récusent le terme skinhead pour lui préférer celui de "jeune nationaliste". La fréquentation des sites et forums internet de cette mouvance nous apprend ainsi que certains sont profondément antisémites, ils condamnent l'existence même d'Israël et prennent fait et cause pour les Arabes et même les islamistes. À l'inverse d'autres voient Israël comme l'avant-garde de l'Occident face au péril arabo-musulman et soutiennent alors le sionisme radical. Cet exemple nous montre des points de vue bien différents.
Les skinheads White Power, néonazis et suprémacistes blancs
Skinhead naziOuvertement nazis, donc racistes. On parle aussi de Boneheads, terme péjoratif utilisé par leurs opposants (tous les autres skinheads), ou de naziskins. Ils sont très actifs (et ont été assez répandus en France dans la période 1985-95, où ils representaient alors la majorité des skinheads) et regroupés dans diverses organisations telles Blood and Honour, Hammerskins ou Combat 18, un groupe terroriste organisé à partir du kop fasciste des Chelsea Headhunters. Les naziskinheads sont très visibles en Scandinavie, en Allemagne de l'Est (ex-RDA), dans certaines régions des États-Unis (où ils sont organisés en réseau avec d'autres organisations d'extrême droite comme le Ku Klux Klan), ainsi qu'en Europe de l'Est, notamment en Pologne, Serbie ou surtout Russie, pays qui compte le plus grand nombre de skinheads néonazis (où ils défraient souvent la chronique par leurs nombreuses agressions contre des immigrés ou Russes orientaux, allant couramment jusqu'au meurtre). Le look se distingue un peu du look skinhead originel : il est franchement paramilitaire, les cheveux sont généralement rasés à blanc. Les insignes sont la croix gammée, les écussons de la LVF ou de la division Das Reich, la croix celtique, les galons de la Wehrmacht ou de la SS... La symbolique germanique, viking ou celte est souvent utilisée par les skinheads néonazis qui marquent ainsi leur rejet des valeurs judéo-chrétiennes et prônent un retour au paganisme indo-européen. L'usage de l'imagerie celte ou germanique est une récupération. Tous les mouvements qui se réclament du paganisme, du celtisme etc ne sont pas néonazis, ni même nationalistes. Les skinheads nazis se reconnaissent grâce au sigle NS (national-socialiste, c'est-à-dire nazi), généralement accolé au nombre 88 (pour HH, huitième lettre de l'alphabet et initiales de "Heil Hitler"). La marque Lonsdale a longtemps été la préférée des néonazis car en ouvrant partiellement le blouson sur le t-shirt on peut lire NSDA, soit le début de NSDAP (sigle allemand du parti nazi). Cependant les propriétaires de la marque ont beaucoup communiqué sur le fait que le champion de boxe Lonsdale, à l'origine de la marque, a créé à Londres la première salle d'entrainement ouverte aux noirs. Les skinheads néonazis ont aujourd'hui leurs propres marques et sigles emblématiques. Les skinheads nazis se réclament aussi de la classe ouvrière. Dans les années 1980 beaucoup d'entre-eux se considéraient comme les fils spirituels des SA (Sections d'assaut, brigades de militants nazis des années 1930 en Allemagne). Ces SA tenaient un discours à la fois nationaliste, raciste mais aussi social et étaient issus du monde ouvrier et de la petite bourgeoisie. Ils réclamaient des mesures sociales avancées et la constitution d'une armée populaire. Leurs chefs furent exécutés et leurs organisations absorbées par les SS aux ordres d'Hitler lors de la "Nuit des longs couteaux" en 1934.
La musique des skinheads nazis est le RAC : Rock Against Communism. La plupart des groupes rac sont diffusés de façon discrète, par la vente par correspondance, où lors des concerts. En France un avatar du rac fut le RIF : Rock Identitaire Français. Parmi les groupes musicaux de skinheads néonazis, on peut citer : Les Allemands Landser, les Français Légion 88, Bunker 93, Chevrotine, Division Skinhead, les Australiens Fortress, les Polonais Konkwista 88, les Américains Bound For Glory ou encore les Suédois Pluton Svea. Le groupe de référence reste les Anglais de Skrewdriver (cf la première partie de l'article). La plupart de ces groupes incorporent des influences metal à leur musique qui reste quand même à base de oi!. Il existe, depuis quelques années, un rapprochement entre les skinheads white power et les milieux black metal païens, qui se réclament parfois eux aussi du national-socialisme, créant un style hybride qui commence à prendre une certaine ampleur, notamment en Europe de l'Est et aux USA. Si l'on constate aussi une adhésion aux idées d'extrême-droite dans une partie minoritaire des scènes industrielle et dark folk, la mouvance gothique est loin d'adhérer massivement à l'extrême-droite. Il y a là encore une récupération partielle. Seul le RAC peut être considéré, par les idées qu'il véhicule, comme authentiquement d'extrème-droite. Cependant nationalistes et néonazis fréquentent aussi d'autres univers musicaux qui ne leur sont pas réservés (il serait absurde et anachronique de décrêter que Beethoven et Wagner sont nazis sous prétexte qu'Hitler utilisait leur musique pour sa propagande).
voir aussi national socialist black metal
Les Skinheads d'extrême gauche
Les Skinheads Against Racial Prejudice [modifier]
L'histoire du mouvement SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice) a été évoquée dans la première partie de l'article. C'est une forme d'apolitisme de gauche, aussi paradoxal que puisse paraître le terme. D'une manière générale la plupart des skinheads sharp partagent l'idée selon laquelle la récupération politique a gangrené le mouvement skinhead, condamnent les extrémismes de droite comme de gauche mais affichent fièrement leur antiracisme, leur antifascime et des valeurs ouvrières (solidarité, luttes sociales, sens de la fête, camaraderie...). Le mouvement SHARP actuel est plutôt une mouvance car il est peu structuré. Il s'agit d'associations type loi de 1901, non fédérées entre elles, qui adoptent le même logo et des statuts similaires. Il n'y a pas de militant au sens strict. En France le SHARP se veut "antiraciste, antifasciste et populaire" et "libre de toute affiliation politique ou syndicale". Les skinheads sharp français fréquentent cependant beaucoup les skinheads d'extrème-gauche et vice et versa. Dans les années 1990 des skinheads sharp français furent proches du mouvement Ras l'Front, opposé au Front National de Jean-Marie Le Pen. Or Ras l'Front a été piloté par des intellectuels proches du PCF et des militants de la LCR...
Aux États-Unis, des skinheads sharp ont défilé dans la rue aussi bien contre le racisme ou l'homophobie... qu'en faveur de la première guerre du Golfe (1991) ! De gauche, mais aussi patriotes... les skinheads sharp d'outre-Atlantique sont certainement moins proches de la gauche radicale que leurs homologues français !
Le SHARP apparaît aussi pour certains comme une forme d'apolitisme accompagné d'un engagement à minima pour se démarquer des skinheads d'extrême droite. Les logos sharp comprennent souvent le casque de l'hoplite grec du label Trojan, des haches croisées, des lauriers (références au logo Fred Perry) ou une botte qui écrase une croix gammée.
Dans la plupart des pays, le SHARP est proche d'autres mouvances skinheads beaucoup plus engagées et généralement d'extrème-gauche. Mais il existe en France et surtout en région parisienne une surenchère entre skineads sharp d'une part et certains redskins de l'autre. Les sharps accusent les redskins d'être des staliniens. Les redskins accusent les sharps de ne pas être des antifascistes radicaux et sincères. Néanmoins ces oppositions parfois violentes restent carectéristiques de la scène parisienne, puisque les skinheads affiliés au SHARP sont très souvent solidaire des skinheads plus politisés en province.
Quelques groupes proches du Sharp : the Oppressed, Sham 69 (RU), les Janitors, Molodoi (Fr)...
Les Redskins
A l'origine, ce ne sont pas des skinheads à proprement parler, mais des fans du groupe de soul-rock britannique The Redskins (fin 70's/première moitié 80's), dont plusieurs membres appartenaient au Socialist Workers Party et en étaient des permanents. Le groupe, qui tient un discours révolutionnaire sur fond de musique soul mâtinée de punk-rock, animateur du Red Wedge (le "coin rouge") avec d'autres groupes et artistes (Style Council, Billy Bragg, Bronski Beat/The Communards...) pour soutenir les luttes de résistance contre les dégâts sociaux et politiques du libéralisme de Thatcher, fait alors des émules qui se regroupent et commencent plus ou moins à s'organiser pour reprendre la rue aux fascistes ou défendre les concerts. Ils rencontrent alors d'authentiques skinheads "rouges", regroupés dans la Red Action Skinhead (fraction skinhead de la Red Action, un petit groupe politique trotskiste issu d'une scission du SWP sur la question de l'anti-fascisme dans la rue) ou issus de bandes à caractère particulier, comme celle des skinheads de Coventry, proches depuis leur origine du minuscule British Communist Party.
En France, portés par l'émergence de la scène dite du "rock alternatif" (Bérurier noir, Nuclear Device, Ludwig Von 88, Babylon Fighters, LKDS, Laid Thénardier...) et popularisés par les luttes étudiantes de l'hiver 86 et leur combat dans la rue contre les skinheads d'extrème-droite, les premiers redskins affichaient un look empruntant autant aux skinheads qu'aux tribus "rock" en général (punks, mods, psychobillys...). Au reflux de la vague alternative, à partir de 1989, certains se sont ensuite rapproché du style skinhead originel en conservant parfois quelques particularismes hérités de cette première vague redskin : bomber retourné côté doublure orange, lacets rouges, insignes et patches communistes divers... Mais tous les redskins ne se considèrent par pour autant comme skinheads. Si la majeure partie d'aujourd'hui peut être rattachée aux skinheads (musiques, style vestimentaire ou de vie...), il subsiste un courant qui n'en reste qu'à la marge ou, même, s'en éloigne parfois au niveau sous-culturel (investis dans le rap...) et ne cultivant souvent avec les autres redskins qu'un lien social et politique.
Les Red And Anarchist Skinheads
Logo du RASHLe RASH (Red and Anarchist Skinheads), surtout européen, regroupe depuis les années 1990 d'anciens redskins de la première vague et de nouveaux skinheads engagés à l'extrême gauche, parfois issus de la mouvance SHARP. Ses membres considèrent leur appartenance au mouvement skinhead comme un complément de leur engagement militant, le skinhead devenant une forme d'idéal ouvriériste. La plupart des skinheads RASH gravitent autour de : l'Union Anarchiste, la Fédération Anarchiste, the Anarchist Black Cross, l'Union Communiste Libertaire, la CNT (syndicat anarchiste), voire la Ligue Communiste Révolutionnaire ou différents groupuscules guévaristes... Ce mouvement revendique un antiracisme et un antifascisme radical et joue souvent la surenchère vis-à-vis du SHARP, tantôt considéré comme un allié, tantôt comme un concurrent (mais pas comme un ennemi). Les thèmes de la lutte des classe, de l'urgence révolutionnaire ou de l'internationalisme sont récurrents. Un slogan des skinheads rash est : "pas de guerre entre les races, pas de paix entre les classes".
Parmi la scène skinhead d'extrême gauche, on peut citer le groupe indépendantiste marxisant catalan Opcio K-95 ou encore les groupes libertaires parisiens Brigada Flores Magon et Ya Basta ! ou les groupes bordelais marxistes Los Foiros et Redweiler.
Notez que certains skinheads sharp, rash ou encore redskins s'affichent aussi comme indépendantistes, voire nationalistes. Il existe deux nationalismes : un d'extrême-droite (primauté de la nation), auquel se rattachent skinheads nationalistes et néonazis, un autre de gauche (liberté pour sa nation), auquel se rattachent certains skinheads engagés à gauche, en particulier au sein de certaines minorités qui luttent pour leur reconnaissance, voire leur indépendance : Bretons, Basques, Catalans, Occitans... Dans ce dernier cas il s'agit d'une mouvance très minoritaire et qui arbore le slogan "Occitània Antifascista". Il n'y a donc pas d'équivoque.
Autres identités skinheads
De manière plus anecdotique, il existe d'autres identités skinheads.
Les Skinheads chrétiens
Pour certains, leur positionnement est ouvertement antiraciste et antinazi. Très présents en Amérique du Nord (Canada et USA) où la scène punk-rock chrétienne est gigantesque, les skinheads chrétiens font de plus en plus parler d'eux en Europe. Ces derniers sont beaucoup plus présents dans le milieu hardcore et straight edge (ni alcool, ni cigarette, ni drogue) que dans le milieu Oi! ou Street Punk. Parmi les groupes skins chrétiens, on peut citer le groupe de ska/rocksteady américain The Israelites, le groupe de punk hardcore américain The Deal, le groupe de oi! allemand Jesus Skins ou encore le groupe streetpunk américain aux sonorités écossaises Flatfoot 56.
Les Gayskins
"Skinheads" homosexuels. La mode skinhead est ostensiblement arborées par certains homosexuels, appelés gayskins avec quelques fantaisies amusantes : polo rose fluo ou pantalon en latex moulant... Dans la pornographie homosexuelle masculine, le skinhead est un avatar du working class boy (jeune ouvrier). Les skinheads d'extrème-droite, généralement homophobes, récusent cette mouvance. Les autres ne les prennent guère au sérieux car les références skinheads des gayskins sont davantage vestimentaires que musicales. Il existe aussi un groupuscule gay néonazi fondé par un roadie de Skrewdriver : les Gay Aryan Skinheads, qui se réfèrent aux SA et aux moeurs grecques de ces-derniers. Mais ces "skinheads" homosexuels nazis pratiquent beaucoup moins l'art du second degré que les autres gayskins.
Les Gabbers
Le milieu Gabber, fondé en Hollande, doit son nom au mot Yiddish qui signie "frère". Les Gabbers sont des "teufeurs" au look skinhead. Aux Pays-Bas et en Belgique surtout, plus rarement dans le nord de la France, certains amateurs de musique techno et de rave parties arborent quasiment le look skinhead. Désignés sous le nom de Gabbers, ils préfèrent la techno dite "hardcore" ou encore "makina". A priori cette mouvance n'est ni organisée, ni politisée bien que l'on y trouve de tout... et surtout des gens non politisés. Cependant, certains - surtout en Belgique - sont politisés à l'extrême-droite et cousent des écussons et patches explicites sur leurs blousons. Certains peuvent donc être assimilés à des skinheads, mais ne le sont en aucun cas, voire à des boneheads. Les Gabbers, ou Gabberines au féminin, peuvent être reconnus, comme les skinheads, aux marques qu'ils portent (Lonsdale, Fred Perry, Everlast...) et autres blousons (bomber's ou Harrington) et chaussures (Doc Marteen's, Adidas).
Conclusion
Il faut retenir que les premiers skinheads sont apparus à la fin des années 1960 et qu'ils n'étaient en aucun cas racistes ou fascistes, ni communistes d'ailleurs, donc politisés. Leur point commun était leur origine sociale modeste, leur amour de la musique noire et leur goût pour la bagarre. C'est avec l'apparition du punk-rock en 1977 et le chômage qui frappe de plein fouet l'Europe à la fin des années 1970, que le mouvement skinhead se politise en grande partie. C'est le début de la grande opposition entre les scènes skinheads d'extrême-droite et d'extrême-gauche, les premiers étant notamment séduits par les textes néonazis de la seconde formation du groupe britannique Skrewdriver, et les seconds par des groupes comme The Clash ou The Oppressed.